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Biographie
Attiré par la glaise bleue de notre village, dans la haute montagne libanaise, j’avais commencé très tôt à modeler des formes d’oiseaux et d’autres animaux. Plus tard, j’ai taillé dans le bois vert les formes auxquelles il se prêtait. Mais ma formation « artistique » à partir de l’âge de 11ans au Collège des Pères Antonins à Baabda fut beaucoup pour mon attachement à la chose grâce à un vieux Maître, classique, chauve et discret, qui excellait dans les bustes faits d’argile brun. Je me rappelle encore aujourd’hui les personnages célèbres, couverts de toiles de jute mouillé, qui habitaient son atelier sombre.
Cet attachement eut pour effet ma participation aux différents concours scolaires que je n’ai jamais gagnés, mais cela ne m’a pas empêché de continuer à m’intéresser à la peinture, au modelage ou à bruler le bois à la loupe.
A Tours, en France, j’ai continué à peindre et à travailler l’argile et le papier mâché, mais les longues et fastidieuses études de médecine ne me permettaient pas, surtout durant les trois premières années, de développer mes connaissances. Mais l’activité artistique et culturelle intense qui rayonnait en France durant les années soixante et soixante dix ne pouvait que stimuler mes penchants au point que j’ai failli quitter la médecine pour l’art (Ma fille fut très surprise de l’apprendre il y a quelques jours !) J’avais participé à cette époque à une exposition à Paris au profit de la cause palestinienne et j’ai fait quelques dessins anonymes pour des brochures pour la même cause. A Paris, et en raison d’une amitié rapide avec Fathya, la sœur de l’artiste Mouna Assoudi, je profitais de mes visites hebdomadaires pour admirer les statues ¨avant-gardistes¨ de Mouna, à qui j’ai raconté cette épisode il y a quelques semaines à Beyrouth !
A mon retour au Liban en 1979, j’ai intensifié, en solitaire, mon intérêt pour l’art, surtout pour pouvoir supporter les aléas d’une guerre interminable. Il faut dire que durant ces années, le regard « admiratif » et critique de ma femme et de mes amis m’avait toujours encouragé à continuer.
En 1985, à la naissance de notre deuxième enfant à Marseille, j’ai pris de longues vacances durant lesquelles j’ai décidé de parfaire mes connaissances techniques du dessin et des couleurs, tout en aidant à pouponner notre fils Nadim. J’avais ressentit le besoin intense de progresser, d’acquérir, coûte que coûte, les techniques nécessaires avant de continuer... sinon quitter définitivement cet art que je n’arrivais pas à dompter! J’ai donc visité les musées de la région, puis un peu plus tard les expositions de Beyrouth. Au bout de deux ans de travail « écolier » avec des livres de techniques, j’ai regardé mon nouveau travail et j’ai décidé de continuer !
A Beyrouth J’avais admiré le travail d’Hussein Madi, de Amin El-Bacha et j’ai visité l’atelier de Rafic Charaf et de Hassan Jouni à Ras-Beyrouth. J’avais regardé avec une certaine nostalgie les oiseaux noirs de Charaf, célèbres dans les années soixante et ces derniers tableaux de la pleine de Bekaa nue et simple. Ainsi que les cafés et les personnages de Jouni aux yeux espagnols de Goya. J’ai aussi été à l’atelier de Wajih Nahlé à Rabieh où j’ai pu contempler le travail de précurseur de la calligraphie arabe dans la peinture. Plus tard, j’ai participé à des expositions organisées par l’association des artistes libanais. Durant l’année 1990, et en raison des bombardements systématiques des quartiers résidentiels de Beyrouth, ma femme et mes deux enfants ont été rapatriés en France. Alors dans l’attente d’une fin proche de la guerre j’ai profité de mes longs séjours dans le midi pour me former au travail de l’argile à Aubagne, auprès d’un Maître tourneur. Depuis, mon intérêt pour la sculpture a augmenté.
Je me serais peut-être donné plus au travail d’argile, mais le fait d’être rentré au Liban a coupé court à cette tentative. J’avais mon métier de médecin qui continuait, surtout dans le social. Mais l’amour de l’art veillait et me procurait un grand espace qui me permettait de respirer dans le Liban asphyxié des années quatre-vingt.
L’ensemble de travail accumulé durant toutes ces années, comparé à celui d’artistes actifs, reste modeste. Toutefois il est durable et presque quotidien. Il se peut que ce web site m’encourage à travailler plus. Je l’espère.
Enfin je dois dire que ce Website n’aurait pas existé sans l’insistance de mes deux enfants, Sandra et Nadim, qui trouvaient que ce que faisait leur père méritait d’être vu ! Nadim a participé activement à la constitution de ce site, surtout qu’il a commencé, il y a plus de cinq ans, à s’essayer au dessin et à la sculpture. Puisse-t-il…
Je termine en disant que ce travail n’a jamais été une parenthèse dans ma vie, mais un réel havre de paix habité par une beauté tranquille.
« C’est bien ce que tu as fait… »
A Marie Pascale, Sandra et Nadim
